Discours à propos du rôle de l’expertise dans les processus de prise de décision en développement international

Mon nouvel article est maintenant disponible. L’article portant sur les discours portant sur l’expertise et les processus de prise de décision en développement international a été écrit avec Laurent Paradis-Charette et Valérie La France-Moreau, toutes-tous deux étudiante-étudiant à la maîtrise en développement international à l’Université du Québec en Outaouais.

Nous proposons dans cet article une réflexion critique sur l’insertion de l’expertise dans les processus de prise de décision en développement international à partir d’une revue de la littérature. Nous montrons que la plupart des réflexions à propos de l’expertise la placent en relation avec une tendance générale à la technicisation des prises de décisions ainsi qu’en relation avec une hiérarchisation des connaissances. Nous proposons une typologie de classification des différentes positions à l’égard de l’expertise, de son inscription institutionnelle, de sa participation à des processus décisionnels et de son rôle.

Mots clés : savoir-faire, acquisition des connaissances, prise de décision, coopération internationale

This article proposes a critical examination of the use of expertise in decision-making processes in the field of international development. Based on a literature review, we show that most writings place expertise in its relationship to a general tendency to emphasize decision-making as a technical issue and to put it in relation with a hierarchy of knowledge. We outline a classificatory typology of the various positions regarding expertise, its institutional inscription, its participation to decision-making, and its role.

Key words: expertise, knowledge acquisition, decision making, international cooperation

http://www.erudit.org/revue/ps/2016/v35/n2-3/1037016ar.html

Dimitri della Faille, Valérie La France-Moreau et Laurent Paradis-Charette (2016) « Discours à propos du rôle de l’expertise dans les processus de prise de décision en développement international », Politique et Sociétés, vol. 35, n. 2-3, pp. 215-237.

Mes salutations coloniales

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À l’invitation du Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG), j’ai donné une conférence qui portait sur les aspects coloniaux des séjours de coopération et de solidarité internationale. Dans le cadre de cette soirée « décoloniale », il a aussi été question de comment décoloniser nos rapports avec les pays dans lesquels nous intervenons. La soirée a eu lieu à Montréal au Centre internationaliste Ryerson-Fondation Aubin.

En début de soirée, la poétesse Natasha Kanapé Fontaine est intervenue et puis nous avons visionné des courts métrages de la Wapikoni Mobile.

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Voici le lien Facebook de l’événement: https://www.facebook.com/events/1070680279637098/?active_tab=posts

 

Les condos Zibi: la contestation s’intensifie

Les condos Zibi: la contestation s’intensifie
(Texte publié dans Le Droit – 9 décembre 2015)

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Le 19 novembre dernier, les chefs de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador adoptaient une résolution dénonçant le projet de condos Zibi de la compagnie Windmill.

Ce projet occupe les deux rives de la rivière des Outaouais, ainsi que les chutes de la Chaudière et les îles Albert et Victoria. Ce lieu est connu des Algonquins sous le nom de Akikodjiwan. Ce territoire n’a jamais fait l’objet d’une cession de la part des autochtones, ni même d’un traité.

Il ne fait aucun doute qu’un développement immobilier qui viserait à unifier les rives québécoises et ontariennes est très souhaitable. Entre autres, ce serait une excellente manière de consolider l’intégration de Gatineau et Ottawa. Il fait peu de doute non plus que le centre-ville de Gatineau gagnerait à un tel projet afin de panser les plaies laissées par le développement urbain orienté sur le béton plutôt que sur les êtres humains.

Mais dans la mémoire collective des Premières Nations de la région, ce lieu occupe une fonction sacrée depuis des temps immémoriaux. Des recherches archéologiques ont également démontré que Akikodjiwan est un lieu de convergence pour les nations algonquines et iroquoïennes. Ainsi, feu Grand-Père William Commanda, avait comme projet d’y établir une ambassade, face au parlement du Canada, afin de renforcer les liens de nation à nation. Il a reçu la vision de cette ambassade du Créateur. En ce sens, pour la cosmogonie algonquine, Zibi ouvrirait donc une brèche dans l’organisation du monde terrestre et divin.

Le récent rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada concluait, entre autres, au besoin «de rejeter les concepts ayant servi à justifier la souveraineté européenne sur les peuples et les territoires autochtones» et à la nécessité de «s’engager à tenir des consultations significatives, établir des relations respectueuses et obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones avant de lancer des projets de développement économique».

Si certains chefs algonquins ont été consultés par Windmill, le processus est dénoncé par plusieurs. Parmi eux, l’architecte de renommée internationale Douglas Cardinal a émis des sérieux doutes quant à la sincérité de la consultation préalable. Pour aller dans le sens des conclusions de la Commission, Windmill devrait démontrer sa réelle volonté de consulter l’ensemble de la nation algonquine et de mettre en place les résultats d’une telle consultation, et ce, quels qu’ils soient.

Seulement, actuellement, la compagnie semble être plus pressée de vendre des condos. Cela a comme effet de fragmenter le titre de propriété actuel, basé sur une appropriation du territoire autochtone, en des centaines de nouveaux titres de copropriété. Une contestation devant les tribunaux serait ainsi infiniment plus complexe. Malheureusement, dans ce cas, il ne faut pas se surprendre si les Autochtones ont l’impression que les tribunaux protègent une fois encore la «souveraineté européenne» sur leur territoire.

L’auteur, Dimitri della Faille, est professeur au département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais.