Les “Morceaux choisis” comme enjeu dans la constitution de corpus textuels pour les sciences sociales post-positivistes

Des nombreux enjeux que pose la constitution de corpus, nous avons choisi de réfléchir ici aux « morceaux choisis » qui sont ces segments, extraits ou fragments de discours sélectionnés par idéologie ou par subterfuge qui confortent l’analyste dans ses attentes, hypothèses ou certitudes formées par ailleurs. Ces « morceaux choisis » sont, en fait, une opportunité d’amorcer une réflexion plus fondamentale sur l’accès à la connaissance par l’analyse du discours, sa nature et son utilité. La constitution de corpus textuels relève d’une pratique proche de celle de l’artisan ou du corps de métier. Dans ce texte, nous allons effectuer le parallèle entre la constitution du corpus par l’analyste et l’abattage et le commerce des animaux par les garçons-bouchers. Le texte se développe en trois temps. Premièrement, il s’agira d’envisager la constitution d’un corpus comme une entreprise de violence et de prédation dans lequel l’analyste joue un rôle primordial. Nous montrerons comment, à l’image de l’abattage d’un bœuf, le discours est transformé en morceaux et comment l’analyste triomphe, peut-être un peu trop facilement, face au discours. Deuxièmement, il s’agira de proposer des pistes de réflexion sur les différentes approches positivistes, néo-positivistes et post-positivistes qui peuvent fonder le sens et la méthode des différentes manières d’envisager l’analyse du discours par lexicométrie. Troisièmement, il s’agira de montrer comment un ensemble de « morceaux choisis » peut être envisagé par certaines approches comme un corpus taré de vices rédhibitoires viciant le commerce de son analyse. En guise de conclusion, nous prendrons position contre une condamnation trop rapide des corpus de « morceaux choisis ».

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